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Nouvelles Internationales Lettre No. 9 - mercredi 11 mars 2009

Bulletin du Secrétariat Europe - International du Parti socialiste

 

 

Retour sur le XVIème Congrès du Parti socialiste portugais

Le courant politique socialiste est ancien au Portugal, pays qui, on l’oublie parfois à cause de l’interminable «tunnel» salazariste, a connu les combats des Lumières, ceux de la Laïcité et de la République. Victor Hugo se fé­licitait d’y avoir vu de son vivant l’abolition de la peine de mort. Mais le Parti Socialiste Portugais actuel a été fondé en exil, au congrès de Münstereifel, le 19 avril 1973, un an tout juste avant la chute tant espérée mais inattendue de la dictature post-salazariste, morte de ses guerres co­loniales. Depuis 1974, le PS a joué un rôle central dans la vie politique portugaise, en particulier dans la stabilisation des institutions issues de la Révolution des Œillets, dans l’adhésion à l’Union Européenne et dans la moderrnisation du pays. Deux des quatre présidents élus de la République sont issus de ses rangs, et ils ont fait chacun deux quinquennats. Mário Soarès fait toujours figure de «père de la patrie», bien qu’il ait connu un grave échec lors de la dernière présidentielle, où il fut devancé par Manuel Alegre. Il a aussi joué un rôle marquant comme Premier ministre, fonctions qu’occupèrent ensuite Maria de Lourdes Pintassilgo, Antonio Guterres, qui fut choisi comme président de l’Internationale socialiste, et José Sócrates, chef du gouvernement depuis 2005. Cette cen­tralité contemporaine du PS portugais est d’autant plus remarquable, que le pays était en 1974 encore profon­dément rural, humainement appauvri par une émigration massive, et que l’influence conservatrice de l’Eglise ca­tholique y restait forte.

C’est donc le XVIème congrès du Parti Socialiste, qui s’est tenu du 27 février au 1er mars à Espinho, dans la banlieue de Porto. Face à un pays fragilisé par la crise, à un contexte politique complexe et au défi d’un calen­drier politique délicat, ce congrès a montré le visage d’un parti uni et apaisé. Le Portugal, petit pays exportateur, à l’économie ouverte, n’échappe pas à la récession mon­diale, d’autant plus malheureuse, que le gouvernement socialiste avait su à partir de 2005 redresser les comptes publics mis à mal sous le gouvernement de José Ma­nuel Durão Barroso (2002-2004), et de son encore plus catastrophique éphémère successeur de droite, Pedro Santana Lopes. Malgré les efforts entrepris, le pays reste handicapé par un niveau relativement bas de formation, qui rend le maintien de la compétitivité difficile. C’est ce que la technocratie bruxelloise appelle avec élégance le « déficit d’employabilité » de la population portugaise ! Les agences internationales ont abaissé leur notation, prévoyant le recul du tourisme, largement alimenté par les classes moyennes anglaises et allemande, et la baisse d’un commerce extérieur, dont le premier client est l’Es­pagne, économiquement sinistrée. Cela rend plus difficile l’accès au marché des capitaux. Pour faire face à ces dé­fis, José Sócrates et ses camarades réaffirment que la priorité absolue reste plus que jamais à la formation, pour accompagner les recettes keynésiennes classiques des temps de crise que sont le développement des investis­sements publics et infrastructures, la redistribution fiscale et l’amélioration des prestations sociales.

La responsabilité de faire face à la crise repose en effet totalement sur le gouvernement socialiste. Au Palais de Belêm siège pour la première fois de l’histoire moderne du Portugal un Président de droite, Anibal Cavaco Silva, qui utilise toutes les armes que lui donne la constitution du pays pour freiner l’action du gouvernement. La droite, divisée en deux partis d’inégale importance, un PSD sup­posé modéré et le petit CDS/PP plus radical, ne s’est pas encore remise des échecs que ses gouvernements ont essuyés, et reste attachée de façon presque surréaliste à son idéologie conservatrice. Les Européens peuvent en avoir une idée en analysant les crispations libérales du président de la Commission européenne : José Manuel Durão Barroso est aujourd’hui bien loin de l’ardent mili­tant maoïste, que ses camarades d’université appelaient par son surnom, Zé Manel ! La droite préfère semble-t-il tenter de monter en épingle des «affaires» et multiplier les attaques personnelles, plutôt que prendre la mesure des défis posés par la crise.

Le paysage politique se complique avec l’existence à la gauche de l’échiquier politique de deux forces, l’une tradi­tionnelle, le Parti communiste, l’autre plus récente, le BE (Bloc de gauche), qui campent sur des positions maxima­listes, avec chacune un électorat potentiel aux environs de 10%. Le PC portugais est l’un de ceux, qui ont le moins évolué en Europe depuis les années du combat «classe contre classe». Quant au BE, issu à l’origine du regroupe­ment de petits partis d’extrême-gauche, il engrange aussi depuis des années les voix d’électeurs impatients, déçus par l’action gouvernementale de la gauche, ou attachés à des réformes sociétales radicales. Cette position intran­sigeante des deux partis ou regroupements se manifeste principalement lors des élections législatives générales, mais joue moins fortement lorsque des personnalités consensuelles se présentent aux élections présidentiel­les ou dans certaines municipalités. C’est un processus, « à gauche de la gauche », qui a commencé à Lisbonne plus tôt qu’ailleurs en Europe, mais qu’on peut observer aujourd’hui dans de très nombreux pays européens.

C’est en pensant à l’opposition de droite, que le leader socialiste a beaucoup insisté en ouverture du congrès sur l’éthique, et aussi sur la responsabilité démocratique de proposer un programme politique susceptible d’être mis en oeuvre. Et c’est en pensant aux électeurs de gauche, qu’il a introduit dans sa motion une proposition «clivante», le mariage entre personnes de même sexe, déjà proposé naguère (et rejeté) par le BE. D’autres orateurs, comme le maire de Lisbonne Antonio Costa, ont beaucoup parlé de «gouvernabilité», ce que nous traduirions par vote utile.

Avec un Président de droite, une Chambre unique et en l’absence de mécanismes type 49-3, le Premier ministre risquerait de s’épuiser à négocier des majorités sur chaque texte. Ce n’est pas le cas actuellement, puisque, pour la 1ère fois depuis la Révolution, un Premier Ministre socia­liste a emporté le 20 février 2005 une confortable majorité parlementaire absolue : 121 députés sur 230 siègent au palais de São Bento. Le défi du calendrier politique 2009 résume tous ces défis : après les élections européennes (12 euro-députés sortants sur 25), viendront à la rentrée les élections législatives et les élections pour les autarquias, collectivités locales (le pays ne possédant pas encore de niveau intermédiaire élu). Il fut un moment question de re­grouper les opérations électorales, par crainte d’une trop forte abstention, mais ce ne sera sans doute pas le cas, même si les dates ne sont pas encore fixées.

C’est dans cette perspective que ce XVIe Congrès prend tout son sens : il fait figure de grand meeting de lancement d’une année électorale périlleuse. Cela explique le choix d’un juriste et universitaire indépendant et respecté, Vital Martins Moreira, professeur de droit à la fameuse Univer­sité de Coïmbra, pour conduire la liste européenne. Cela explique l’attention portée par les media à la venue ou non de Manuel Alegre, grand orateur, porte-parole traditionnel de l’aile gauche, candidat à la dernière présidentielle, où il devança Soarès, candidat officiel du PS, et qui se margina­lise progressivement, réservant bien souvent ses piques et son amertume à son parti.

Les aléas imprévisibles de la crise mondiale rendent les pronostics à court terme très incertains. À ce jour, très peu imaginent une victoire arithmétique de la droite ; mais beau­coup pensent que l’objectif de gagner à nouveau la majorité absolue à la Chambre des députés sera difficile à atteindre pour les socialistes, PCP et BE confortant à gauche leur potentiel électoral. En 2010, il faudra, comme le parti s’y est engagé, lancer la régionalisation, qui devrait être instaurée par voie de referendum.

Au-delà même de nos compatriotes bi-nationaux, dont cer­tains sont militants et élus locaux socialistes, les socialistes français et portugais ont suffisamment de convictions et de débats en commun pour développer encore leur coopéra­tion.

Alain Chenal

Pourquoi il faut s’opposer

à une France atlantiste

 

Le président Sarkozy veut que la France réintègre le com­mandement intégré de l’OTAN, trente-trois ans après que le général de Gaulle s’est résolu à en sortir. Il l’avait annoncé à l’été 2007. Il s’apprêterait à le confirmer début avril. On nous donne comme explication : en 1966, c’était la guerre froide, tout a changé. Mais cela n’a pas de rapport. Ou alors c’est l’existence même de l’OTAN qui devrait être remise en cause.

De Gaulle avait pris cette décision après huit années de de­mandes infructueuses auprès des Américains pour que les alliés européens puissent se faire entendre au sein de l’Al­liance, et pour ne pas cautionner la nouvelle et dangereuse stratégie nucléaire de «riposte graduée». Par la suite, tous ses successeurs, de droite comme de gauche, ont respecté cette décision stratégique devenue la pierre de touche de la politique étrangère et de défense de la France.

Cette position originale au sein de l’Alliance faisait l’objet d’un large consensus dans l’opinion française. Elle était depuis longtemps admise des Américains, d’autant qu’elle n’avait pas fait obstacle à l’adoption d’arrangements prati­ques pour la coopération entre la France et l’OTAN et même à l’engagement de la France chaque fois qu’elle le décidait, comme on l’a vu sur divers théâtres.

Alors pourquoi cette rupture ? On nous dit qu’elle va per­mettre à la fois de débloquer la défense européenne et d’« européaniser l’Alliance », et que nous aurons plus d’in d’in­fluence. Peut-on croire que la concrétisation de la défense européenne se soit ainsi seulement heurtée à la méfiance de nos partenaires européens envers les arrière-pensées de la France, et qu’il suffirait de les rassurer ? A aucun mo­ment les Européens n’ont manifesté d’appétence pour une défense vraiment européenne. Ils ne veulent pas consacrer plus de crédits à la défense. Ils ne veulent pas faire double emploi avec l’OTAN.

Ils ne veulent pas assurer des responsabilités trop risquées. Ils se cantonnent, sous le label de «défense européenne», à des actions périphériques ou secondaires menées comme une sous-traitance. Soit un classique partage du fardeau. Ils ne veulent pas irriter le Pentagone (qui déjà, au moment du Kosovo, avait détesté l’obligation de consultations entre alliés).

Si la méfiance antifrançaise avait été autre chose qu’un prétexte, elle aurait été dissipée après le sommet de Saint-Malo il y a plus de dix ans, et un état major autonome pour concevoir et mettre en oeuvre la PESD aurait déjà vu le jour... Gageons que notre changement n’y changera rien. Ces avancées de la défense européenne nous ont déjà été présentées en dix mois comme une condition préalable, puis comme une démarche parallèle et maintenant comme une conséquence espérée de notre réintégration. Demain comme un regret ? Ou comme un leurre ? La défense euro­péenne avançant sur deux pieds - l’OTAN et l’UE - évoque le mythique dahu !

Mais on met également en avant l’européanisation de l’Al­liance qui découlerait de l’obtention de postes importants pour des Français dans la hiérarchie de l’OTAN, comme Jac­ques Chirac l’avait tenté en 1995-1997 avant de constater son échec et que le gouvernement Jospin ne stoppe cette tentati­ve. On parle pour la France de commandements de moyenne importance à Norfolk et à Lisbonne. Mais de toute façon est-ce que la nationalité des officiers qui reçoivent et transmettent les instructions du Pentagone a de l’importance, sans chan­gement radical des modes de décision au sein de l’Alliance, ce que rien ne permet d’espérer, même aujourd’hui ?

Ce n’est pas parce que cette réintégration, conçue sous Georges Bush, prendrait effet sous le charismatique Obama, que les réalités transatlantiques disparaîtraient. L’administra­tion américaine actuelle est plus aimable, mais a-t-elle une autre conception de l’Alliance ? Rien ne l’indique. Quant à l’influence accrue, on n’aurait aucun mal à citer un exemple d’influence qu’aurait exercée de l’intérieur un allié dans l’Al­liance du fait de sa complète intégration. Notons enfin que même les plus ardents défenseurs de ce revirement n’osent mettre en avant les éventuels avantages industriels pour no­tre pays compte tenu des rapports de force évidents. Les mi­litaires eux-mêmes seraient partagés en ce qui concerne les avantages et les inconvénients de l’opération.

L’européanisation, la création d’un pilier européen de l’Allian­ce, ce serait tout autre chose : la création d’un vrai «caucus européen» au sein de l’Alliance. C’est en son sein, avant de discuter avec les Américains, que nous devrions examiner s’il est raisonnable de continuer d’élargir l’Alliance (c’est un su­jet très sérieux : l’engagement de l’article 5 est contraignant), comme de ne plus fixer aucune limite géographique à ses interventions. Est-il acceptable d’assister impuissants au dé­veloppement d’une stratégie de bouclier peu cohérente ?

Tout cela est dangereux et, jusqu’ici, nous n’avons eu aucun poids dans les décisions. Si les Européens obtenaient, du fait du retour de la France, de pouvoir parler dans l’Alliance, et décider en partenariat avec Washington de l’Afghanistan, de la Géorgie, de l’Ukraine, du bouclier, du désarmement stra­tégique, de la Russie etc., alors oui, cela serait une alliance nouvelle, à deux piliers. Les autorités françaises ont-elles une aussi grande ambition ? Croient-elles vraiment qu’elles auront plus de poids pour une telle révolution après s’être réintégrées ? Les avantages sont donc incertains et problématiques. Les inconvénients politiques sont évidents : envoyer au monde un signal de réalignement de la France, qui sera politiquement interprété comme tel, avec le déclassement et les risques qui en résulteront. On nous dit : c’est symbolique puisque nous sommes déjà presque entièrement intégrés !

Eh bien oui, c’est symbolique, symbolique d’une volonté de normalisation qui, une fois la décision mise en oeuvre, déve­lopperait par un effet d’engrenage tous ses effets. Il semble bien que la décision soit fondée sur des considérations idéo­logiques, atlantistes ou occidentalistes, comme on voudra : mettre fin à une «anomalie» au sein de la famille occidentale. On peut souhaiter autre chose pour la France. Il est encore temps d’en débattre.

Hubert Védrine

Tribune parue dans Le Monde, daté du 4 mars 2009

 

Plans de relance des grands pays : l’ambi­tion de résoudre la crise ?

 

Depuis le début de la crise, les grands pays occidentaux ont réfléchi à des plans de relance de leur économie. C’est-à-dire que dans une économie dominée par l’idéologie libérale qui se fonde sur l’Etat minimal, la puissance publique que l’on priait de rester à l’écart est appelée au secours.

L’Allemagne, l’Italie, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et la France font partie de ces pays qui cherchent à intervenir pour sauver leurs économies nationales.

Comparer ces plans c’est mesurer l’ampleur de la puissance publique et la prise de conscience de la gravité de la situa­tion.

Les plans de relance qui ont été mis en place dans l’Union européenne représentent, selon les analystes, 1,1 % du PIB, ce qui est moins que les recommandations de la Commis­sion européenne (1,3 % du PIB soit, 170 milliards d’euros), sauf pour l’Espagne. Le clivage apparent entre la droite et la gauche se structure autour des moyens de la relance. Inves­tissement ou consommation. Il s’agit par exemple d’aider les banques pour qu’elles disposent de fonds et de financer les infrastructures financières. En réalité, la plupart des pays qui ont adopté un plan de relance misent sur l’investissement et notamment la réalisation de grands travaux publics. La relan­ce par la consommation se fait au profit du secteur automo­bile, on l’a vu en France. Les analystes constatent qu’aucune des mesures préconisées par les plans de relance annoncés dans les pays d’Europe ne permettra de relancer la croissance car ils ne stimulent pas la demande. Or, les plans alle­mand et britannique représentent près d’un tiers du plan de relance européen.

Le plan de relance le plus conséquent est le plan espagnol. L’économie a ralenti comme jamais auparavant. Il y a eu trois plans de relance depuis un an, date des dernières élections législatives qui représentent 2,5 du PIB.

Les plans français, anglais et allemands sont de même ampleur, mais pleins d’arrières pensées politiques à cause des échéances dans chacun de ces pays. Si l’Espagne a ses élections majeures derrière elle, Sarkozy, sévèrement contesté lors des élections de 2008 doit affronter deux nou­veaux tests électoraux en 2009 aux et en 2010. Les Britanni­ques doivent renouveler leur Parlement dans quelques mois et les Allemands également. Ces derniers doivent décider en réalité du maintien de l’Agenda 2010 décidé par Schröder, qui réduit le champ d’action de l’Etat social alors qu’à l’épreu­ve d’une crise qui touchera durement le pays cette année, la capacité d’intervention de la puissance publique est cruciale. Pourtant, certaines des réformes contenues dans l’Agenda 2010 commencent à porter leurs fruits…

Le plan allemand représente 3,3 % du PIB (82 milliards d’euros). Pour les ménages, il prévoit un allongement de la période d’indemnisation des chômeurs, une aide aux familles, une réduction de l’impôt et un programme de formation pour les travailleurs âgés ou peu qualifiés.

Pour les entreprises, il y a tout un ensemble de mesures d’allègement des charges, d’aides aux PME, au BTP ou à l’industrie automobile. Enfin, le plan allemand prévoit 21 mil­liards d’euros pour l’investissement public. Ce plan, mis en oeuvre par un ministre social-démocrate, proche de Gerhard Schröder et apprécié des milieux financiers allemands, pour­rait répondre aux exigences de la situation à condition que des réformes structurelles soient également engagées.

Le plan italien n’est pas du tout à la hauteur de l’enjeu. Infé­rieur d’un tiers au plan allemand, il contient plusieurs mesu­res d’aide aux ménages à caractère social et de soutien au pouvoir d’achat.

Les dépenses réelles pour ce plan sont inférieures aux an­nonces et les mesures nouvelles ne représentent que 0,4 % du PIB alors que la crise en Italie ne passe pas inaperçue.

Une analyse de l’ensemble des plans de relance donne quelques grandes constantes. Les priorités sont données à l’investissement productif et aux dépenses d’infrastructures. Plus de 40 Mrds d’euros seront alloués aux entreprises euro­péennes en 2009. Cette priorité s’explique par l’impact néga­tif de la crise des marchés boursiers sur les investissements et à l’arrêt des commandes. Les aides accordées serviront également à donner rapidement des liquidités de trésorerie pour éviter une vague d’insolvabilité, donc de licenciements. La seconde priorité des plans de relance concerne les in­frastructures publiques. La France en particulier fait des in­frastructures publiques une priorité de la relance, ce qui se conçoit au regard du ralentissement rapide de la construc­tion, une industrie très intensive en main-d’oeuvre.

Le soutien du Royaume-Uni à la consommation par un abais­sement temporaire de la TVA fait presque exception. Il faut en effet préciser que la baisse de TVA profite aux entreprises notamment si elle n’est pas entièrement répercutée sur les prix à la consommation.

On observe aussi un faible soutien apporté à l’investissement logement s’explique par le fait qu’une demande importante dans ce domaine perturbe durable le marché immobilier. Les capacités de construction seront déjà bien utilisées aux in­frastructures publiques. En phase avec les exigences de la gauche, certains analys­tes suggèrent que le revenu des ménages devienne la prio­rité des gouvernements dès cette année notamment 2009-2010, lorsque la crise aura frappé le marché du travail.

Un comparatif plus précis donne les éléments suivants :

Construction de logements : l’Allemagne tente d’infléchir la demande les conditions de crédits et les prix sont moins affectées qu’ailleurs, où domine la réhabilitation de loge­ments en France ou en Espagne et les aides aux ménages (en France), notamment sur les crédits immobiliers à taux variables (Royaume-Uni, Italie).

Infrastructures publiques : le crédit public devance en Allemagne, en France, ou Italie, les dépenses nettes (Alle­magne, France, Espagne) avec notamment la réalisation ac­célérée de projets existants (France, Pays-Bas).

Investissement productif : on trouve des mesures desti­nées à redonner de la trésorerie aux entreprises tout en pré­servant les budgets publics.

Consommation : les aides vont au secteur automobile al­lemand ou français. S’agissant du pouvoir d’achat, Les aides bénéficient aux chômeurs, mais la consommation n’est pas une priorité des plans de relance.

C’est la puissance publique qui est appelée au secours avec, sur le long terme, une prise de conscience de la réorientation des politiques économiques et du système financier. Mais il ne faut pas se faire d’illusions sur le fait que les libéraux considèrent la crise comme une panne conjoncturelle du sys­tème alors que pour la gauche, elle est structurelle et que pour y remédier maintenant, et prévenir d’autres répliques, il faut réformer en profondeur nos systèmes économiques et financiers tout en assignant d’autres tâches aux banques centrales.

Il y a urgence à redonner au politique une fonction, non plus simplement curative, mais préventive. Ce que le SPD appelle « l’Etat social prévoyant ».

Pierre Kanuty

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