Partager l'article ! Nouvelles internationales Lettre No 14 du 15 avril 2009: Obama, les Cent premier jours Ce 30 avril 2009 scellera le premie ...
Obama, les Cent premier jours
Ce 30 avril 2009 scellera le premier bilan que tireront les américains et les citoyens du monde des 100 jours d’exercice du pouvoir du président Barack Obama.
Sur le plan économique
La relance de l’économie et la gestion de la crise sont le volet prioritaire du président. C’est d’ailleurs la tache à laquelle il s’était déjà attelé avant même sa prise de fonction. Aussi, après un mois de bataille au Congrès où le Plan de relance de Barack Obama a peiné à s’imposer – et malgré un accord préalable des deux chambres – il a été voté in extremis le 14 février dernier. Le président a tenu à « remercier les membres du Congrès qui se sont rassemblés dans un but commun » pour que le plan économique de 787 milliards de dollars puisse être voté, qualifiant ce vote comme « une étape majeure vers le rétablissement de l’économie », rappelant toutefois que « les problèmes étaient profonds », notamment un taux de chômage de 7,6%.
Un tiers du budget du plan (286 milliards de dollars) est alloué aux allégements fiscaux. Plus de 85% des familles devraient donc recevoir 800 dollars par an pendant deux ans (400 dollars pour une personne seule) ; a contrario, les familles gagnant plus de 250 000 dollars (198 000€) par an verront leurs impôts augmenter. Les entreprises ne sont pas oubliées, puisque leurs réductions d’impôts devraient être de 20 milliards de dollars.
Le plan de relance fait la part belle au développement des infrastructures du pays avec un budget de 150 milliards dollars qui vise à créer « 3,5 millions d’emplois ».
Le reste des dépenses publiques porte sur la réalisation de projets susceptibles de relancer la croissance économique : 19,9 milliards de dollars sont accordés au secteur des énergies renouvelables, le réseau électrique devrait être modernisé grâce aux 11 milliards de dollars attribués, tout comme les autoroutes (27,5 milliards de dollars) ou les infrastructures de transports publics (8,4 milliards de dollars).
L’aspect social voulu par Barack Obama durant sa campagne transparaît dans les 43,7 milliards de dépenses sociales destinées aux familles et personnes touchées par la crise ou l’enveloppe de 10 milliards de dollars allouée au logement social. Un fonds de stabilisation budgétaire pour les États devrait être créé à hauteur de 53,6 milliards de dollars.
Sans oublier les 6 milliards de dollars dont bénéficiera la science et les 19 milliards de dollars attribués à la santé.
Six semaines après son élection, Obama a mis en place la couverture médicale pour les enfants que George Bush avait refusé de renouveler.
Le président Barack Obama a assuré que l’argent serait utilisé avec « une responsabilité et une transparence sans précédent », les contribuables pouvant surveiller l’usage des fonds par Internet.
Malgré cette victoire au Congrès, les républicains lui reprochent l’excès de dépenses publiques et d’ailleurs, pas un seul d’entres eux n’a voté pour son plan à la Chambre, trois seulement l’ont fait au Sénat. Obama continue d’affirmer qu’il poursuivra la recherche du bipartisme pour ses programmes, mais il devrait être maintenant moins conciliant avec l’opposition.
Les parlementaires républicains sont sans concession et si le chômage n’a pas régressé l’an prochain, si les Américains continuent de se serrer la ceinture – ce qui n’est pas impossible –, les républicains diront que la coûteuse stratégie démocrate a échoué. Ils pourront espérer refaire le plein de sièges au Congrès lors des élections de mi-mandat, en novembre 2010.
Ce pari est risqué. Pour le moment, il accroît leur impopularité et crée la division au sein même de leur parti : de nombreux gouverneurs et élus locaux républicains ne partagent pas cette hostilité envers Obama ou ses représentants à Washington. Avec leurs caisses pratiquement vides, à l’instar de la Californie, ils accueillent au contraire avec reconnaissance les subventions de l’État. Le gouverneur de la Louisiane, Bobby Jindal, d’origine indienne, étoile montante du Parti républicain, candidat possible en 2012 (en concurrence pour l’instant avec Sarah Palin), s’en est tenu publiquement à la ligne officielle : non à l’interventionnisme étatique. Mais il a aussi discrètement demandé 6 milliards de dollars à Washington pour aider son État !
Acclamé par le Congrès le 24 février 2009, lors de son premier discours, Barack Obama a exposé les trois thèmes qui définiront la réussite ou l’échec de son mandat : l’éducation, la santé et les nouvelles sources d’énergie. Il a présenté cette crise comme une chance d’innover et comme étant essentielle au développement de la société américaine.
Un mois plus tard, sous la pression de l’opinion publique américaine – et sur laquelle s’est appuyé Obama -, les parlementaires américains n’ont pas tardé à réagir au scandale AIG. La Chambre des représentants a ainsi décidé d’imposer à hauteur de 90% les primes versées aux salariés dont la rémunération dépasse les 250.000 dollars par an dans des entreprises qui ont reçu plus de cinq milliards de dollars d’aide publique.
Lundi 23 mars, les marchés financiers se sont envolés, emportés par la quasi-euphorie suscitée chez les investisseurs par le nouveau plan du gouvernement Obama, qui débloquera jusqu’à 1 000 milliards de dollars pour stabiliser les banques en les débarrassant de leurs actifs toxiques et de leurs prêts à risques. Mais certains établissements bancaires
Mais certains établissements bancaires rechignent à céder aux pressions du gouvernement, qui leur enjoint de vendre leurs actifs à des prix qu’ils jugent trop bas. Le nouveau plan d’investissements public-privé englobe des programmes visant à racheter des prêts liés à l’immobilier et les titres soutenus par ces prêts. Les représentants de l’État disent espérer que l’arrivée de nouveaux acheteurs contribuera à fixer le prix des actifs tout en stabilisant plus généralement le système financier en éliminant les actifs toxiques des sociétés financières.
Reçu en grande pompe au G20 réuni à Londres le 2 avril, Barack Obama a su se montrer convainquant et a illustré sa volonté d’un multilatéralisme renforcé ; les dirigeants ont ainsi octroyés de très importants moyens financiers supplémentaires pour soutenir l’économie mondiale : 500 milliards de dollars de plus pour le FMI dont les moyens vont ainsi être triplés, 250 milliards de dollars pour les instances internationales afin de soutenir le commerce mondial, 250 milliards de dollars de DTS, droits de tirages spéciaux (panier de monnaie) supplémentaires et 100 milliards de plus pour les banques de développement. Soit un total de 1100 milliards de dollars. Ces mesures devraient permettre d’injecter 5000 milliards de dollars supplémentaires dans l’économie et de permettre sa transition vers un système respectant davantage l’environnement.
Le Conseil de stabilité financière devrait se substituer à l’actuel Forum de stabilité financière afin d’intégrer les grands pays émergents tels la Chine et l’Inde ainsi que l’Espagne, les pays du Forum de stabilité financière, et la Commission européenne.
Sur les paradis fiscaux, l’accord stipule que « le temps du secret bancaire est révolu ». Une liste a depuis été publiée par l’OCDE.
Sur la titrisation bancaire, à l’origine d’une partie de la crise avec les fameux prêts immobiliers à risque américains, les « subprime », décision a été prise d’imposer aux banques d’en garder une partie dans leur bilan.
Autres responsables partiels de la crise financière, les agences de notation feront l’objet d’un contrôle accru sous la forme d’un code de bonne conduite, tout comme les fonds spéculatifs qui auront une obligation de déclaration et d’immatriculation. Les normes comptables seront également revues. Les pays du G20 se sont aussi mis d’accord pour mettre en oeuvre de nouvelles règles sur les salaires et les bonus au niveau mondial. Ils ont adopté un principe commun de politique salariale responsable.
Les conclusions du G20 de Londres marquent une avancée considérable et est un succès unanime. Avancée sur la méthode, celle qui consiste à associer des pays représentant toutes les principales régions de la planète et avancée sur le fond, concernant la relance de l’économie mondiale et des premières mesures de régulation. Ce Sommet s’est engagé dans le bon sens, à charge maintenant, aux gouvernements de mettre en oeuvre les promesses et engagements pris…
Au Sommet de l’Otan à Strasbourg (3-4 avril) où se jouait la crédibilité d’Obama sur l’Afghanistan, il a affirmé « vouloir des alliés forts… et voir l’Europe avec des capacités militaires renforcées ».
Après les discussions pour relancer l’économie mondiale qu’il a eues à Londres, le président américain a dû convaincre ses homologues de l’Otan d’en faire davantage en Afghanistan, où l’alliance mène la plus grosse opération militaire de son histoire.
Obama avait déjà annoncé quelques jours plutôt, une nouvelle stratégie, appelant à une mobilisation de moyens civils comme militaires, de la communauté internationale pour rétablir la stabilité de l’Afghanistan.
Les États-Unis, qui vont envoyer 21.000 soldats en renfort et pourraient en expédier 10.000 de plus, ont demandé à leurs alliés de faire leur part.
La France a indiqué qu’elle n’enverrait pas de renforts militaires, mais quelque 150 gendarmes pour contribuer à la formation d’une gendarmerie afghane, de concert avec l’Italie, l’Espagne, le Portugal et les Pays-Bas.
Sur le plan de la politique étrangère
Pour sa première tournée étrangère la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton (le 21 Février 2009), s’est rendue à Tokyo, Djakarta, Séoul et Pékin, afin de stabiliser les relations avec le bailleur de fonds du Trésor américain (réserves de changes d’environ 2000 milliards de dollars). À Pékin, elle a prôné une relation positive et de coopération avec l’Empire du milieu, reléguant la question des droits de l’Homme et du Tibet au second rang.
Crise oblige, les États-Unis ont plus que jamais besoin des réserves de change chinoises et la Chine du marché américain. C’est la nouvelle real Policy de Washington.
Le discours d’investiture d’Obama annonçait un retrait « rapide » des troupes américaines d’Irak, la consolidation de la situation en Afghanistan sur le plan militaire et sur le plan diplomatique, la reprise du dialogue avec l’Iran. Il marquait également une volonté de réhabiliter les instances internationales et le multilatéralisme pour assumer collectivement les enjeux du monde d’aujourd’hui, y compris en faveur du changement climatique.
Les démocrates de tous pays se sont par ailleurs réjouis du décret signé, dès le 2ème jour de son mandat, pour la fermeture de Guantanamo, la suspension immédiate de toutes procédures d’exception et la fin de l’usage de la torture.
Depuis l’arrivée de Barack Obama, l’administration américaine a multiplié les gestes pour montrer qu’elle recentre sa politique. Le tout premier coup de fil du nouveau président a été pour son homologue palestinien, Mahmoud Abbas. Deux jours plus tard, provoquant une certaine déception en Israël, il a nommé un médiateur respecté pour son honnêteté dans le monde arabe, l’ancien sénateur George Mitchell.
L’envoi à Gaza du sénateur John Kerry le 19 février pour qu’il se rende compte par lui-même de l’ampleur des dégâts causés par les 22 jours de bombardements israéliens sur cette petite enclave surpeuplée a aussi été apprécié dans le monde arabe.
par les 22 jours de bombardements israéliens sur cette petite enclave surpeuplée a aussi été apprécié dans le monde arabe. La nouvelle administration a changé à l’égard des Palestiniens. Mais, jusqu’ici, il s’est surtout agi d’un changement de ton. L’équipe Obama, est contrainte d’avancer lentement. Au Congrès, il se trouvait encore des élus pour proposer un amendement interdisant de faire transiter l’assistance aux Palestiniens par l’agence des Nations unies pour les réfugiés, qu’ils considèrent infiltrée par le Hamas.
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Sur l’aide américaine promise aux Palestiniens (900 millions de dollars en tout), un tiers seulement est destiné à Gaza, et le Hamas n’en recevra rien, a assuré Robert Wood, porte-parole du département d’État. Mais l’administration américaine a encouragé les discussions entre l’Autorité palestinienne et le Hamas. Elle est même favorable à un « gouvernement d’union nationale » palestinien, a dit Mme Clinton selon le New York Times. Là où l’administration Bush essayait de favoriser la Cisjordanie et d’isoler Gaza, le gouvernement Obama cherche à réconcilier.
La secrétaire d’État, Hillary Clinton participait, lundi 2 mars, à Charm El-Cheikh, à la conférence internationale sur la reconstruction de Gaza : l’ancienne First Lady a démontré son intention de s’impliquer personnellement dans le dossier israélo-palestinien.
L’administration Obama est en effet moins simple à appréhender que celle de George Bush. Y figurent aussi bien le « faucon » Dennis Ross, nommé conseiller de Mme Clinton, que des éléments jugés pro-palestiniens comme Charles Freeman, dont la nomination à la présidence du National Intelligence Council (Conseil national du renseignement) a suscité une levée de boucliers parmi les défenseurs de la droite israélienne.
Si actuellement, près de 142 000 soldats américains sont encore engagés en Irak, Obama a annoncé vendredi 27 février, devant les marines du camp Lejeune en Caroline du Nord que : « d’ici au 31 août 2010, notre mission sera terminée, j’ai fixé un calendrier qui prévoit le retrait de nos brigades de combat dans les dix-huit prochains mois ».
Après une tournée triomphale sur le Vieux Continent, le président a fait escale à Bagdad le 7 avril dernier. Une visite surprise dans la capitale irakienne - une première depuis son accession à la Maison-Blanche - qui connaît depuis plusieurs semaines un regain de violences.
Dès son arrivée, le président américain s’est rendu immédiatement au Camp Victory, la plus grande base militaire américaine du pays, pour y rencontrer le commandant en chef des forces américaines en Irak, le général Ray Odierno, et distribuer dix médailles à des soldats, avant de rencontrer le Premier ministre du pays Nouri al-Maliki. « Il est temps pour nous de transférer (le contrôle) aux Irakiens. Ils ont besoin de prendre les rênes de leurs pays » a déclaré Obama devant 600 soldats enthousiastes.
Selon le porte-parole de la Maison-Blanche Robert Gibbs, le général Odierno a expliqué à son interlocuteur qu’en dépit des récents attentats, le niveau des attaques était le plus bas depuis le début de la guerre en 2003. Pour sa part, le président Obama a souligné la nécessité pour l’Irak d’avoir des institutions fortes, l’importance des élections législatives à la fin de l’année. Il a aussi évoqué l’intégration des milices sunnites dans les forces irakiennes de sécurité et la loi sur le pétrole que le Parlement irakien n’a toujours pas adopté.
Il y a quelques semaines Barack Obama avait annoncé qu’il n’entendait pas accélérer davantage le retrait des troupes d’Irak, estimant que, si les choses évoluaient « dans la bonne direction », le pays avait encore besoin de l’aide des États-Unis.
Selon le calendrier fixé par l’administration Obama, le gros des soldats actuellement déployés auront quitté le pays d’ici 2010 et seule une force résiduelle de 35.000 à 50.000 hommes restera en Irak.
Pour le reste de la région, la visite le 7 mars en Syrie de deux hauts responsables américains, Daniel Shapiro (sous-secrétaire du département d’État chargé du Proche-Orient) et Jeffrey Feltman (ancien ambassadeur américain présent à Beyrouth pendant la guerre froide américano-syrienne), a témoigné d’une réelle volonté américaine d’apurer les contentieux.
De même, à l’occasion de Nowruz, le nouvel an traditionnel iranien (24 mars), Barack Obama a affirmé dans un message vidéo envisager un « nouveau départ » des relations avec l’Iran.
Ce message reconnaît le pouvoir significatif de l’Iran dans cette partie du monde. La déclaration contient des propos très importants sur le respect mutuel. Autrement dit, les États-Unis n’ont plus pour intention de renverser le gouvernement iranien. Autre changement auquel a procédé Washington, est l’intégration de l’Iran dans les pourparlers internationaux sur la politique en Afghanistan.
En réaction, Ali Akbar Javanfekr, le conseiller du président Mahmoud Ahmadinejad, a déclaré : « Si Obama entreprend des démarches concrètes et change fondamentalement la politique extérieure des États-Unis envers les autres nations, y compris l’Iran, le gouvernement et le peuple iranien ne lui tourneront pas le dos ».
Par contre, selon le New York Times, Washington s’inquiète de la montée en puissance des talibans près de la frontière afghane et n’exclut pas l’hypothèse de rebombarder la région de Quetta (Sud-Ouest), au Pakistan, là où le Mollah Omar, le chef spirituel des talibans, est suspecté de diriger en toute impunité un gouvernement taliban en exil. Mais l’Administration Obama n’aurait pas encore donné son feu vert à l’expansion des opérations américaines au Pakistan.
Le président américain a, lors du Sommet de l’Otan, appelé la Corée du Nord à stopper les préparatifs de son lancement de missile, le qualifiant de « provocateur ». Nous savons depuis que le missile a bien été lancé… Nous pouvons supputer que l’administration Obama n’en restera pas là sur ce dossier.
Il faut donc saluer l’énergie soulevée par Barack Obama en 100 jours d’exercice du pouvoir. Sur le plan économique, national et international, les chantiers ont été ouverts, et de bonnes décisions ont été prises, tant pour le peuple américain que pour les citoyens du monde. La politique étrangère américaine s’est considérablement modifiée, se tournant vers une gestion pragmatique et respectueuse de tous les acteurs. Avec des droits et des devoirs réaffirmés - notamment la fermeture de Guantanamo - les États-Unis tentent de renouer avec un multilatéralisme pour affronter les différents enjeux à venir, géopolitique, économique énergétique, avec des partenaires, y compris ceux qualifiés encore hier par Bush « d’axe du mal ».
Le leadership mondiale de Barack Obama est évident, curieusement à l’heure où les États-Unis se montre plus que jamais ouvert à des prises de décisions et de responsabilités partagées. Ce début de mandat ne peut être que salué, même si certains rétorquent qu’il n’a pas encore aboli la peine de mort ou ne s’est pas attaqué au lobby des armes…
A bien des égards, le sort du monde semble dépendre du succès d’Obama...
Frédérique Roussel
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L’avenir de la puissance américaine selon Fareed Zakaria
S’il est trop tôt pour dire avec précision quelle sera sa politique étrangère, Obama a déjà changé le discours américain sur l’arène internationale. Le dernier livre de Fareed Zakaria s’inscrit dans cette tendance et décrit un monde où les États-Unis devront partager plus leur pouvoir, sans pour autant perdre totalement leur leadership.
Fareed Zakaria, The Post-American World, 2008, W.W. Norton, New York et Londres, 292 p., 25.95$.
« This is not a book about the decline of America but rather about the rise of everyone else ». C’est ainsi que débute le dernier livre de Fareed Zakaria, journaliste américain né en Inde, éditorialiste influent du le magazine Newsweek. Lire The Post-American World quelques mois après la victoire d’Obama donne quelques clés de compréhension des premiers gestes d’ouverture de la nouvelle administration américaine, en particulier en direction du monde musulman.
Zakaria dessine dans son ouvrage les grandes lignes de ce que pourrait être la politique étrangère américaine après Bush, appelée à dépasser la rhétorique des axes du bien et du mal. Et balaie, au passage, l’idée d’un monde qui serait aujourd’hui plus dangereux qu’hier, en particulier pour les États-Unis. L’intégrisme musulman est ainsi ramené à ses justes proportions, c’est-à-dire à un phénomène géopolitique de bien moindre ampleur que naguère les totalitarismes européens ou la Guerre froide. The Post-American World est en quelque sorte le pendant géopolitique du livre de Thomas Friedman, The World is Flat, qui illustrait plus qu’il ne théorisait l’émergence d’un monde de plus en plus interdépendant, intégré, plat. Ici, Zakaria semble reprendre la thèse développée par Francis Fukuyama d’un mouvement irréversible des sociétés vers des formes de démocratie libérale de marché (The End of History and the Last Man, 1992), citant de manière surprenante Margaret Thatcher et son célèbre « There is no alternative ». Dans un monde où les puissances économiques des États auront tendance à s’équilibrer, la diplomatie américaine sera obligée d’amodier son discours
pour conserver sa crédibilité. Ainsi, il deviendra de plus en plus difficile, selon Zakaria, de continuer à critiquer la Chine pour son action au Soudan sans se voir renvoyer à la figure le sans se voir renvoyer à la figure le soutien américain à l’Arabie Saoudite, à Taïwan ou encore au Pakistan.
Autrement dit, l’émergence de la Chine et, dans une moindre mesure, de l’Inde et du Brésil, voire le retour de la Russie oblige l’hyperpuissance à moins de manichéisme. De longs passages du livre sont consacrés au défi chinois, dont Zakaria prédit qu’il sera à l’avenir aussi sérieux, et même plus durable que jadis le défi soviétique, vicié d’entrée par l’absence d’un modèle économique cohérent et d’une vitalité sociale suffisants pour tenir à long terme contre le dynamisme américain. Tout en relativisant la portée des théories culturalistes, Zakaria voit néanmoins dans l’absence de revendications universalistes et prosélytes dans la « religion » et la pratique bouddhiste une sorte de garantie contre un impérialisme chinois agressif.
Quant à l’Inde, Zakaria rappelle que si elle abrite plusieurs Silicon valleys, elle héberge aussi trois Nigeria, ce qui limite son pouvoir de peser au niveau international. Son PIB n’est que le tiers de celui de la Chine et le pays reste politiquement divisé. Quand bien même l’Inde le voudrait, serait-elle capable d’inquiéter l’Amérique? Pas nécessairement :
l’Inde est le pays dont les habitants ont la meilleure opinion des États-Unis (selon la Pew Global Attitudes Survey) et sa diplomatie reste marquée par le principe attribué au Mahatma Gandhi : « OEil pour oeil, dent pour dent, et le monde sera bientôt aveugle et édenté ». Zakaria écarte également la possibilité d’une montée en puissance significative de l’intégrisme musulman en Inde, rappelant qu’aucun des 150 millions de musulmans indiens n’avait
jusqu’ici participé à un attentat revendiqué par Al-Qaida.
Faut-il croire alors en la possibilité d’un déclin de l’empire américain ? Zakaria essaie, mais comparaison n’est pas raison, de tirer quelques enseignements du lent retrait britannique des affaires mondiales à partir de la fin du XIXe siècle. Ceci dit, l’auteur prend assez rapidement et assez sagement ses distances avec ce parallèle, rappelant par exemple que si la guerre des Boers avait assez largement contribué à exposer la faiblesse de l’armée britannique, puis la Première Guerre mondiale à ruiner les finances du pays, les guerres d’Afghanistan et d’Irak ne coûtent jamais que 1% du PIB par an, soit moins que la guerre du Vietnam en son temps (1.6% du PIB). Les États-Unis conservent aujourd’hui de telles marges économiques, technologiques, scientifiques (abritant sur son sol entre 40 et 60 des 100 meilleurs universités du monde, selon le classement) et militaires qu’il serait absurde d’imaginer un monde post-américain sans les États-Unis.
Il faut donc penser un monde avec les États-Unis, mais pas avec les seuls États-Unis comme c’est le cas depuis la chute du mur de Berlin. Si l’ère de l’unipolarité touche à sa fin, les États-Unis doivent rapidement faire des gestes d’ouverture pour préparer un monde aussi proche que possible de leurs valeurs et intérêts, en profitant d’un rapport de force qui leur est (encore) très favorable, plutôt que d’attendre l’équilibrage qui finira par s’imposer.
Zakaria juge utile de reconstruire autour des États-Unis un sens du mouvement, du progrès et du collectif et, dans cet état d’esprit, d’essayer de limiter les crispations provoquées par la puissance américaine. Il serait par exemple nécessaire d’adopter une approche plus nuancée à l’égard du monde musulman, en distinguant plus systématiquement les radicaux des modérés, partant du principe qu’il faut diviser pour régner et, en tout état de cause, éviter d’unifier contre soi comme l’avait fait l’administration Bush. C’est une des clefs de lecture du discours d’investiture de Barack Obama, avec son appel à une nouvelle approche, fondée sur l’intérêt et le respect
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mutuels, mais aussi de son choix d’accorder dès le début de son mandat une interview substantielle à la chaîne Al-Arabiya ou encore d’envoyer quelques signes d’apaisement en direction de l’Iran. Dans cette diplomatie moins portée par l’idéologie, le multilatéralisme de Zakaria est « à la carte », avec les États-Unis tantôt dans le rôle de leader, tantôt plus en retrait.
Enfin, la question de l’usage du soft power, selon le concept issu du titre de l’ouvrage de Joseph Nye, est également posée, de deux manières différentes. La première pour appeler à « penser l’asymétrie », dans le cadre des conflits où l’adversaire n’utilise pas la force armée conventionnelle mais d’autres types de stratégies (à l’image des milices irakiennes ou du Hezbollah contre Israël en 2006). Les États-Unis doivent réinventer sa pensée stratégique et développer d’autres méthodes d’intervention, adaptées au contexte propre à chaque situation, de la diplomatie au renseignement en passant par la dissuasion commerciale ou financière.L’usage de la seule force dans les années récentes est en effet, d’abord, une défaite de la pensée. Le deuxième défi consiste à reconstruire l’image des États-Unis dans le monde, afin que ses positions ne soient plus d’emblée disqualifiées.
En somme, on ne retiendra pas du livre de Fareed Zakaria d’idées particulièrement révolutionnaires en matière de diplomatie ou de gestion des affaires internationales. Plutôt une modération qui, ces dernières années, a souvent fait défaut. On pourra, bien sûr, s’interroger sur la validité de la thèse de la diffusion universelle de la démocratie libérale, comme on le fait depuis la chute du mur d’ailleurs, ou encore sur la pertinence des analyses présentées ici de la crise, qui questionne la résilience de l’économie américaine, mais l’essentiel n’est pas là. Le ton du discours américain a d’ores et déjà changé, et ce n’est pas négligeable. Qu’en espérer ? Probablement un apaisement des relations entre les États-Unis et divers pays musulmans (Iran, Syrie) et leurs rues, ce qui autorise un optimisme raisonnable quant à l’évolution de la situation au Proche et au Moyen-Orient. Il faudra certes du temps pour atténuer les tensions nées des errances des dernières années mais ce progrès est suffisamment notable pour être signalé. Il serait évidemment totalement disproportionné d’en attribuer la paternité à ce livre, mais on y verra néanmoins un des symboles et un des produits de cette nouvelle Amérique.
Thomas Mélonio
Danemark : les sociaux-démocrates pourrait bénéficier du départ de Rasmussen
Anders Fogh Rasmussen aura marqué l’histoire de son pays en étant le premier ministre de droite qui a gouverné le plus longtemps, de 2001 à 2009. Il avait succédé à un premier Rasmusssen, Poul Nyrup, et c’est un troisième Rasmussen qui lui a succédé, Lars Loekke...
«Fogh» a bénéficié du soutien de l’extrême droite pour gouverner le pays de manière pragmatique, mais en obéissant aux sirènes xénophobes et ultralibérales, rompant avec la tradition d’accueil du Danemark. Cette coalition de droite a gagné trois élections successives.
Le Danemark votera en 2011 pour renouveler le Parlement. D’ores et déjà, le départ d’Anders Fogh Rasmussen pour le secrétariat général de l’OTAN laisse un vide. Les observateurs pensent que cela pourra bénéficier à la gauche.
Le troisième Rasmussen était ministre des Finances du deuxième. Il devrait poursuivre la même politique, à la tête d’une coalition qui n’aurait pu gouverner sans le soutien du Parti du peuple danois (PPD, extrême droite).
Aujourd’hui, près de six électeurs sur dix réclament déjà des élections anticipées.
Tous les instituts d’opinion laissent présager un retour des sociaux-démocrates en cas d’élections. Helle Thorning-Schmidt recueille 48 à 52 % d’intentions de vote selon les sondages contre 38,5 pour le nouveau premier ministre qui devra gouverner avec une coalition qui devait beaucoup à la poigne de son prédécesseur dont il n’a ni le charisme, ni l’expérience.
Il faut ajouter à cela, une conjoncture économique difficile et une augmentation du chômage.
Les socialistes condamnent la
position de Sarkozy sur le Québec
Le Parti socialiste français désavoue la volte-face du président Nicolas Sarkozy. Dans un communiqué officiel publié jeudi 16 avril, le PS réaffirme publiquement son attachement à la traditionnelle «non-ingérence et non-indifférence» dont le rejet par le président Nicolas Sarkozy avait récemment créé un émoi au Québec.
Le communiqué a été rendu public à la suite de la rencontre qui s’est tenue entre le secrétaire national du Parti socialiste aux Relations internationales, Jean-Christophe Cambadelis, et la porte-parole de l’opposition officielle du Québec en matière de relations extérieures, Louise Beaudoin.
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Kader Arif, en course contre la crise
Sa « caravane itinérante » n’arrête pas. En l’espace de trois jours, la tête de liste socialiste aux Européennes pour le Grand Sud-Ouest en aura accompli des centaines de kilomètres.
Dans les Landes puis le Béarn, un peu partout en Languedoc-Roussillon, et enfin dans le Gers. En rencontrant un maximum de citoyens, l’homme souhaite mener une « campagne de proximité », avec la crise pour thème principal.
Favorable à une adhésion en souplesse de la Turquie dans la communauté européenne, si le pays respecte les droits de l’homme, l’ancien joueur de rugby, évoluant au poste de talonneur, a notamment oeuvré pour l’accès aux médicaments pour les pays les plus pauvres durant son mandat. Dénonçant le déséquilibre entre certains continents, il aspire aussi à une « nouvelle redistribution » en Europe, particulièrement dans le contexte économique actuel. (Source : Sud Ouest)
Caterpillar : l’Europe sociale par la preuve
Les salariés des deux sites de Caterpillar dans l’Isère ont reçu un signe d’espoir venu de l’Europe: les salariés devraient bénéficier du Fonds européen d’ajustement à la mondialisation, selon Vincent Peillon, tête de liste socialiste le Sud-Est aux élections européennes. La recevabilité du dossier Caterpillar concernant cette aide doit être confirmée au Parlement européen à la session plénière de mai, a indiqué Vincent Peillon dans une lettre co-signée par deux députés européens socialistes Bernard Soulage et Martine Roure.
Jean-Christophe Cambadélis : « Le vote sanction utile, c’est celui du PS »
Entretien au quotidien Métro (9 avril 2009).
Nous sommes même les premiers à l’être. J’observe que l’UMP n’a toujours pas de listes et n’a pas vraiment de programme. Le PS, lui, est prêt, et en fin de compte, il n’a pas eu tant de mal à boucler ses listes si l’on compare aux autres partis. Les socialistes ont fait bloc sur leur texte d’orientation, c’est déjà rare en soi, mais en plus sur l’Europe, ça doit être souligné.
[…] La campagne se déroulera en deux temps. Le premier, dont le point d’orgue sera la manifestation du 1er mai, s’articule autour de la double opposition à Sarkozy et à Barroso, le président de la commission européenne. Sarkozy mène une politique libérale dont on connaît les méfaits en France, mais il fait partie d’une majorité conservatrice et libérale en Europe dont on ne mesure pas les conséquences. Nous allons faire le bilan de l’UMP et de ses amis au Parlement européen, tant sur la possibilité de travail jusqu’à soixante heures que sur la dérégulation des services publics ou les mesures d’assouplissement du code du travail. Autant de choses que les Français ne perçoivent pas. Ensuite, après notre premier meeting national le 24 avril, nous mènerons une campagne de proximité sur le thème «changeons l’Europe maintenant», avec plus de 1000 réunions dans toute la France.
[…] Nous sommes en campagne contre lui, mais dans une opposition utile. Nous sommes les seuls à faire signer une pétition pour l’abrogation du paquet fiscal ou à avoir un programme de réorientation de la construction européenne. Et puis tout le monde aura compris que Sarkozy n’est attentif qu’à un seul score, celui du PS. Le reste, il s’en moque.
[…] Face à la crise, c’est la question d’un plan de relance économique européen, celle d’un contrat de justice sociale et écologiste que les socialistes veulent mettre au centre. Est-ce qu’on fait stop ou est-ce qu’on fait encore ? Est-ce qu’on reconduit les mêmes équipes ou est-ce qu’on construit l’alternance ? Les Français doivent se rendre compte que le Parlement européen décide de nombreuses directives et qu’il faut y stopper le libéralisme si on veut avoir des chances de le stopper en France.
[…] Le meilleur moyen de faire une refondation du système, d’imposer un nouveau modèle de développement, c’est de faire en sorte qu’il y ait une nouvelle majorité au Parlement.
[…] La multiplication des listes, c’est d’abord la manifestation des difficultés de la gauche dite alternative, mais en même temps, elle peut brouiller le message de la sanction. Donc il faut indiquer que le vote sanction utile, c’est celui du PS. Ce que nous craignons le plus, c’est le parti abstentionniste. Si l’abstention est massive, nos colères seront relatives.
[…] Si le PSE est en tête, il pourra être la colonne vertébrale d’une majorité du changement en Europe. L’alternative et l’avenir de la France se jouent très largement au Parlement européen. Il ne faut pas s’en désintéresser. Pour peser sur les décisions, il faut faire bloc avec tous les sociaux-démocrates européens, qui pour une fois ont un projet commun, pour une fois mettent l’économie avant la finance, pour une fois ont tiré le bilan de la période précédente. Pour la première fois, on peut sanctionner la droite sortante et construire l’alternative, il faut saisir cette chance.
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Bulletin du Secrétariat Europe - International du Parti socialiste